
Des blockhaus et des vues. Saint-Vincent-sur-Jard en Vendée
La construction du Mur de l’Atlantique peut différer d’une portion du littoral à une autre. En effet, certaines zones ont été plus protégées par les Allemands que ne l’ont été leurs voisines, les occupants pouvant s’abstenir de construire sur des sites dont ils estimaient que leurs protections naturelles étaient suffisantes en matière de défense. C’est le cas de la Vendée qui, hormis les ports et l’Île de Noirmoutier, a fait l’objet d’une campagne de constructions défensives moins intense que ne l’ont été d’autres secteurs. Si la commune de Saint-Vincent-sur-Jard, située à l’est des Sables d’Olonne, a fait l’objet d’une attention particulière de la part des troupes d’occupation, c’est que le site pouvait protéger Longeville (Longeville-sur-Mer depuis 1983), plus au sud, et ses longues étendues de sable.
Le site est aujourd’hui intégré à un sentier de découverte qui s’intitule “Sur les pas de Clémenceau”. Né en Vendée en 1841, l‘homme politique a souvent séjourné dans sa région d’origine, plus encore au cours des dix dernières années de sa vie (1919-1929). Au cours de cette période, il résidait dans une maison qu’il louait à Saint-Vincent-sur-Jard. Ouverte à la visite, elle est restée dans son jus et raconte la vie d’un homme en prise aussi avec un territoire.


Des blockhaus sur un sentier qui rend hommage à Georges Clémenceau
Une étape du circuit invitant à découvrir les lieux que fréquentait Georges Clémenceau concerne la plage de la Ragnette sur laquelle ont été construits des blockhaus, et au sujet desquels quelques informations sont données. Le site possédait :
“un canon de 75 mm sous casemate H 612 et trois canons de 50 mm KWK sous casemate H 667 et encuvement H 65a. Le périmètre était fermé à l’origine par deux petits bunkers individuels. Le coffrage des ouvrages était constitué de parpaings et bon de planches en bois”.
Les blockhaus sont assez bien conservés et, comme partout ailleurs, ils sont recouverts de tags et de graffitis. Leur état conforte l’intérêt relatif apporté à ces constructions et qui est conforme à ce que l’on peut constater en de nombreux endroits. Toutefois, les précisions historiques rédigées sur un panneau explicatif à l’entrée de la plage attestent d’une évolution des mentalités.







La création au service de la mémoire
L’originalité de ce secteur réside aussi en la présence d’un blockhaus recouvert de mosaïques de différentes couleurs qui égaient et la construction et le site sur lequel elle prend place. Deux femmes sont à l’origine de cette curiosité : Isabelle Perrot et Julie Chaigneau. C’est en se promenant régulièrement en ces lieux qu’elles eurent l’idée d’y apposer ces éléments colorés et de donner un sens à cette création en y ajoutant le mot “Imagine”. Celui-ci rend hommage à la chanson de John Lennon (1971) en même temps qu’il est un appel à la créativité. Mais quelques temps après avoir déposé sur la surface une colombe composée de morceaux de verre, celle-ci fut vandalisée. Ce qui les chagrina… Elles le racontent à Ouest France (08/03/2022) :
« “Ça nous fait mal au cœur”, regrette la magistrate, qui ne connaît pas les auteurs des dégradations. D’après elle, certains graffeurs n’auraient pas apprécié “qu’on se soit approprié le bunker. Quand on a commencé la fresque, il y avait plusieurs couches de graff en dessous”. D’autres bunkers de la commune ont été tagués. “On respecte leur travail, assurent les deux femmes. On ne cherche pas à faire de comparaison”. »
En janvier 2025, la colombe est néanmoins bien en place. Les deux amies la voient comme un message de paix qui tranche avec la visée guerrière de la construction qui l’accueille. D’une certaine façon, elle est la signature de ce bunker ” révisité ” qu’Isabelle Perrot et Julie Chaigneau ont appelé Bunker des Alouettes, en référence au Mont des Alouettes qui, pendant la Guerre de Vendée (1793-1796), permettait de repérer depuis son sommet les mouvements ennemis.





Conclusion
Quelle ironie de l’histoire que cette référence à la Guerre de Vendée pour habiller aux couleurs du présent un édifice honni de la Seconde Guerre mondiale. De toute évidence et sans surprise, la Guerre de Vendée reste un modèle. Ici, elle se superpose aux années sombres de l’occupation, inspirant autant le présent que sa lecture du passé. Dans ce mouvement en même temps que dans la dimension créative, on retrouve un peu du projet de Bertrand Seguin et de son Blockhaus-miroir de la Plage de Leffrinckoucke. Rappelons-nous : ce dernier voulait par son oeuvre “remettre en lumière le passé pour éclairer le présent”.
