BlockMémo

Une plage de la côte charentaise en hiver

Heurs et malheurs des vestiges du Mur de l’Atlantique

En juin 2024, est commémoré le débarquement en Normandie des troupes alliées qui permit la Libération progressive des zones occupées1. C’est en effet dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 que plusieurs milliers de navires débarquent sur les côtes normandes, déployant quelques 150 000 soldats, essentiellement américains, canadiens, britanniques, mais aussi français pour 177 d’entre eux qui appartenaient au commando Kieffer2. Quelques heures plus tôt, à partir de 23h30, « les bombardiers lourds de la RAF sont entrés en action, du Val-de-Saire jusqu’à l’est de L’Orne. Par vagues successives, et durant toute la nuit,  1 100 appareils vont pilonner les dix batteries côtières allemandes jugées les plus dangereuses, déversant sur elles 6 000 projectiles de gros calibre. Au cœur de cette nuit de juin 1944, l’avant-garde de l’armée a commencé à frapper »3. Vers 1h du matin,  les parachutistes, britanniques à l’est, américains à l’ouest, sont largués à proximité des secteurs prévus pour le débarquement afin d’en protéger l’avancée. L’opération Overlord est donc lancée ; elle combine actions amphibies et aéroportées et doit préparer l’acheminement d’hommes et de matériels pour pénétrer les territoires occupées. Du côté des Alliés, on estime que, cette nuit-là, 12 000 soldats ont perdu la vie, ont été blessés ou ont disparu ; ils sont 10 000 du côté des Allemands.

L’arrivée de ces immenses fils de bateaux en Normandie – « répartis en cinq convois, chacun se dirigeant vers le secteur d’assaut qui lui a été assigné »4 – prend par surprise l’État-major du Reich. Celui-ci n’avait pourtant aucun doute sur le fait que les Alliés tenteraient de pénétrer le continent par une des zones de la côte française. Mais aveuglé par une perception fautive de ce que pourrait être le débarquement, il n’imaginait pas que les Alliés pourraient arriver par la Normandie, de surcroît par une nuit de forte tempête. D’ailleurs, pour conforter cette interprétation, les Alliés ont mis en place une série de leurres, faisant croire qu’une flotte se dirigeait vers le Pas-de-Calais.

Le dispositif de défense imaginé par les Allemands avait pourtant nécessité plusieurs années d’un travail intense et coûteux et il était présenté par la propagande comme étant infranchissable. C’est en décembre 1941 que la décision est prise de construire ce rempart dont les travaux commenceront en 1942 et dont beaucoup ne seront toujours pas achevés en 1944. L’impossibilité pour les forces allemandes de pénétrer l’Angleterre ainsi que les échecs rencontrés sur le front de l’Est et l’entrée en guerre de États-Unis convainquent alors Hitler qu’il y a urgence à engager ce chantier. Le projet est confié à l’Organisation Todt, une agence créée en juin 1933 et dirigée par un ingénieur des ponts et chaussées, Fritz Todt (1891-1942) qui, en 1940, avait par ailleurs été nommé ministre du Reich pour l’Armement et les Munitions. L’organisation a pour mission de réaliser « les projets de construction militaire du Reich [et] occupe une place capitale dans la conduite et le prolongement de la guerre »5. Après la mort de F. Todt en janvier 1942 dans un accident d’avion, Albert Speer (1905-1981) occupe le poste de ministre de l’Armement et des Munitions, puis un an plus tard, celui de ministre de l’Armement et de la Production de guerre.

On estime à 15 000 le nombre de sites défensifs « dont beaucoup auront des murs de plus de deux mètres d’épaisseur, il ne faudra pas moins de 11 millions de tonnes de béton et 1 million de tonnes d’acier pour les armatures »6. Mais loin de composer une chaîne ininterrompue de constructions, le Mur de l’Atlantique est inégalement réparti d’une zone à une autre. D’ailleurs, lors d’une visite des installations fortifiées en novembre 1943, le Maréchal Erwin Rommel constate de nombreuses insuffisances qui, selon lui, remettent en cause leur efficacité défensive. De plus, contrairement à ce qu’imagine l’État-major, il ne pense pas que les alliés débarqueront dans un port et dans le nord, mais il fait l’hypothèse qu’ils arriveront en Normandie, sur des plages. D’où l’obligation, de son point de vue, de renforcer la défense de celles-ci en installant des piquets, des mines, des hérissons qui doivent les transformer en pièges mortels. De toute évidence, le Maréchal E. Rommel a manqué de temps pour aller au bout de son idée. Mais s’il en avait disposé, peut-être le Mur de l’Atlantique ne serait-il pas parvenu non plus à empêcher le débarquement, tant le projet était titanesque.

Bunker de la Batterie des Arros à Soulac-sur-Mer
Batterie des Arros, octobre 2024
Bunker enserré dans des immeubles sur la Digue de Malo-les-Bains
Bunker Malo-les-Bains, octobre 2024
Blockhaus sur la plage de Néville-sur-Mer
Néville-sur-Mer, été 2024

450 000 personnes auraient participé à la construction de cette défense dont 300 000 en France. Ces travailleurs viennent d’Allemagne et/ou des régions occupées. Ils font partie du STO (Service du travail obligatoire) ou sont volontaires, ou bien encore ils sont des travailleurs étrangers. Par exemple, sur le site du Musée du Blockhaus d’Éperlecques, un panneau présente la liste des catégories de personnes ayant œuvré à la construction de cet édifice gigantesque7. Sont mentionnés 35 000 ouvriers affectés au déchargement ou bien à la construction du blockhaus. Comme dans les autres lieux, la main d’œuvre était constituée de travailleurs libres, venant par exemple des localités voisines, de membres du STO ainsi que de prisonniers de différentes nationalités. Concernant les entreprises ayant contribué aux travaux, celles françaises – dont le BTP mais pas seulement – ne furent pas en reste, comme l’analyse Jérôme Prieur en 20108. Entre autres faits, ce dernier explique l’intérêt que ce chantier a représenté pour l’administration française. Du point de vue de cette dernière, « le chantier [est] une aubaine, puisqu’il nécessite précisément toutes les bonnes volontés : des petits et des gros, les grandes entreprises de construction comme les artisans locaux » (Prieur, 2010 : p. 88). En outre, l’écrivain et cinéaste explique certaines modalités de mise en œuvre de ces chantiers. Concernant l’appel d’offres : « Malgré un prix qui peut être plus élevé, [il] permet de favoriser les plus petites sociétés, les entreprises locales qui ont besoin de commandes pour vivre et survivre ». Parmi les hommes à la tête des dispositifs mis en place, tel le Bureau de liaison chargé des relations entre les entreprises françaises et allemandes, on trouve Francis Drouard, patron d’une entreprise parisienne de travaux publics9. « Selon les enquêtes de la Commission nationale d’épuration après la Libération, l’entreprise Drouard aura réalisé un chiffre d’affaires parmi les deux ou trois plus importants de toutes les sociétés de travaux publics en France sous l’Occupation. On l’estime globalement à plus de 2 milliards de francs, dont près de 50 % pour des travaux allemands » (Desquesnes, op. cit. : p. 98).

Qu’on les appelle, selon les langues, bunkers, blockhaus, casemates10, ces sites font partie de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui, bien que totalement démesurés, participent d’une représentation commune faisant du mur le symbole de la fracture entre soi et les autres en même temps que sa marque indélébile. Et ironie de l’Histoire, si le Mur de l’Atlantique – qui n’a évidemment d’Atlantique que le nom11 – n’a pas empêché le débarquement, certaines des parties de sa construction sont toujours debout et n’ont cessé, au cours des 80 années de leur existence, de déranger et/ou de fasciner, ou tout simplement, de questionner.

Paul Virilio, précurseur

Dans les premières pages de l’ouvrage Bunker archéologie, publié une première fois à l’occasion d’une exposition qui s’est tenue en 1975 au Centre Georges Pompidou, Paul Virilio raconte comment, en 195812, alors qu’il était sur une plage du Finistère et qu’il s’appuyait sur la paroi d’un bunker en regardant l’océan, il prit conscience de la matérialité de l’édifice à laquelle, jusque-là, il n’avait pas vraiment prêté attention. Après cette première publication, Bunker Archéologie est paru en 1991 puis en 1994 aux Éditions du Demi-Cercle à Paris. Les citations ici retenues sont tirées de la version de 1994.

« Je me retournai donc un instant pour voir ce que mon champ visuel ouvert sur le large ne m’avait pas offert : la lourde masse grise où les traces des planches du coffrage formaient sur la rampe inclinée comme un minuscule escalier. Je me levai et décidai de faire le tour de cet ouvrage comme si je le voyais pour la première fois, avec son embrasure au ras du sable, derrière l’écran protecteur, ouverte vers le port breton et visant aujourd’hui d’inoffensifs baigneurs, sa défense arrière avec la chicane à l’entrée et son intérieur sombre ébloui par l’ouverture de l’arme, la bouche à feu, vers la plage […]
Toute une série de réminiscences culturelles me saisirent : les mastabas, les tombes étrusques, les structures aztèques… comme si cet ouvrage d’artillerie légère s’identifiait aux rites funéraires, comme si l’Organisation Todt n’avait su finalement organiser qu’un espace religieux…
Tout cela, en fait, n’était qu’ébauché, mais ma curiosité était désormais en éveil ; mes vacances venaient de s’achever brusquement, je venais de deviner que ces bornes du littoral allaient m’apprendre beaucoup de choses, mais aussi sur moi-même ».

Sa curiosité ainsi stimulée, ce maître-verrier, urbaniste et philosophe13 parcourt de vastes étendues pour traquer « ces balises de béton au sommet des dunes, des falaises, en travers des plages, ouvertes, transparentes, avec le ciel qui jouait entre l’embrasure et l’entrée, comme si chaque casemate était une arche vide ou encore un petit temple sans religion ». On dispose d’ailleurs d’une trace de son passage à Longueville-sur-mer, cette personnalité ayant marqué son nom à l’encre noire, suivi d’une date dont seuls les premiers chiffres (19..) sont visibles14.  On peut s’étonner que Paul Virilio, si soucieux de catégoriser ces éléments défensifs, ait ainsi pris la liberté de s’approprier d’une certaine façon le lieu visité. Mais, si l’on se réfère au parcours de l’homme, on peut voir en cette signature la preuve de son intérêt viscéral pour ces constructions et l’importance de son implication.

La signature de Paul Virilio à à Longueville-sur-mer sous la forme d'un graffiti
Paul Virilio signe son passage à Longueville-sur-Mer

 

Précisément, dans Bunker archéologie, Paul Virilio observe non seulement le rejet dont ces constructions font l’objet mais aussi les effets de celui-ci sur sa propre collecte : « Certains bunkers servaient encore à l’affichage de graffitis hostiles, les flancs de béton se couvraient d’insultes contre le boche, de croix gammées et l’intérêt que je semblais leur porter en les mesurant, ou en les photographiant, renvoyait parfois sur moi cette hostilité… ». Ainsi évoque-t-il les opérations de démolition en arrière-fond desquelles une volonté de vengeance s’exprimerait : « Beaucoup avaient été détruits par cette vengeance iconoclaste au moment de la Libération du territoire ; on avait rempli leurs soutes de munitions ramassées ici ou là et l’explosion du massif de béton avait comblé de joie les habitants de la contrée, comme s’il s’agissait d’une exécution sommaire ».

Les photographies de bunkers que Paul Virilio publie en 1991 – dont certaines peuvent dater de la fin des années 1950 – ont été exposées au Musée des Arts décoratifs à Paris, du 10 décembre 1975 au 29 février 1976. Traversant les décennies, elles témoignent des particularités du trait de côte de cette époque mais aussi de la position sociale des constructions. Pour le premier aspect, on imagine que plusieurs bunkers photographiés ont ou bien disparu sous l’assaut des tempêtes et de l’ensablement, ou bien ont été démontés pour des raisons de sécurité. De la sorte, ces photographies comportent une indéniable dimension documentaire. Là est d’ailleurs une considération tout à fait actuelle, la mer n’ayant cessé de grignoter la dune au fil des décennies, l’enregistrement dans le temps de données qui concernent les traces de la Seconde Guerre mondiale est important. C’est d’ailleurs ce qu’écrit en 2004 le géographe Philipe Lanoy-Ratel pour qui les bunkers sont des marqueurs géomorphologiques exceptionnels15.

Pour le second aspect, les phrases rédigées sur leurs parois (tels « Danger », « Chasse gardée. Défense d’entrer sous peine d’amende ») montrent que la crainte des pouvoirs publics face à la possible dangerosité des bunkers est significative – ce qui est toujours le cas aujourd’hui – mais ils racontent aussi le faible intérêt qui était porté à ces édifices. Plutôt que de les valoriser, on les sécurise en en interdisant l’accès.

Attention danger ! Néville-sur-Mer
Attention danger ! Néville-sur-Mer
La Grande Côte, Charente-Maritime
La Grande Côte, Charente-Maritime
La Pointe du Hoc empêche l'accès de certaines zones aux visiteurs
Pointe du Hoc

Enfin, la dimension patrimoniale n’a que lentement cheminé dans les projets des municipalités concernées, d’ailleurs de façon hétérogène d’une région à une autre, voire d’une ville à une autre. Indéniablement, les conditions dans lesquelles se sont déroulées l’Occupation puis la Libération ont impacté le regard porté sur les traces de la Seconde Guerre mondiale. Par exemple, les zones libérées plus tardivement que ne l’ont été d’autres (telles des poches du Littoral – Dunkerque, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle, Royan – qui ne le furent qu’au printemps 1945), et au prix de pertes humaines et matérielles considérables, ont vécu leur Libération dans la douleur. Une situation qui a complexifié les modalités de transmission du passé, et de ce fait, la place de certaines de ses traces – dont les bâtiments défensifs – dans les collectifs.

Un intérêt grandissant

Quelles que soient les régions et en dépit de différences liées à l’histoire de la Seconde Guerre mondiale mais aussi à des caractéristiques topographiques (par exemple par rapport au danger que peut représenter un édifice qui se décroche d’une falaise), on constate une évolution tangible de la place des fortifications allemandes dans l’espace public. Sous la pression d’associations, de personnalités ou des pouvoirs publics, des municipalités, avec l’aide d’un département ou d’une région, financent la mise en état de ces fortifications et soutiennent leur ouverture au public. Parmi de nombreux autres exemples, c’est le cas à Gravelines, à proximité de Dunkerque, où un blockhaus de centre-ville a été réhabilité pour être visité (depuis 2021). Ailleurs, des personnes acquièrent une construction de ce type pour y installer qui un gite, une cave, un Musée… Ainsi en quelques 80 années d’existence, ces fortifications ont vu leur image se transformer : après avoir été pendant plusieurs décennies de très mauvais objets, elles attirent l’attention et l’intérêt.

À ce sujet, lorsque des propriétaires de blockhaus sont interrogés sur les raisons qui les ont conduits à acquérir un tel bien, ils racontent leur intérêt pour l’histoire et ajoutent qu’au moment de cette acquisition, ils n’avaient pas de concurrents. Telle est l’histoire du Musée du Blockhaus d’Éperlecques qui ouvrit ses portes en 1973, à un moment où l’on détruisait les blockhaus sur les plages. Un père puis son fils à partir de 1977, Hubert de Mégille, ont été précurseurs dans le domaine mémoriel. Avant eux, en France, seuls deux musées étaient consacrés à la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas aussi mais plus tardivement de deux frères, Luc et Marc Braeuer, qui gèrent trois musées blockhaus : à Batz-sur-Mer (Loire-Atlantique), à La Rochelle (Charente-Maritime) et aux Sables-d’Olonne (Vendée). Dans un entretien paru dans Ouest-France et dont le titre est évocateur (« “Personne n’en voulait”, ces deux frères ont investi dans des blockhaus et ils ne le regrettent pas », 27/08/2024), ils racontent que le premier blockhaus qu’ils sont acheté – Batz-sur-Mer – « était un dépotoir avant d’être muré par la municipalité ». Ils ont acquis ce bien abandonné pour 50 000 euros et l’ont aménagé afin de le faire visiter. Ils ajoutent qu’aujourd’hui, « les blockhaus sont devenus des éléments de patrimoine et d’archéologie comme des châteaux médiévaux ou des citadelles d’ancien régime. On les préserve, les restaure, les fait visiter, du Mans (Sarthe) à Éperlecques (Pas de Calais), en passant par Ouistreham (Calvados). » Selon eux, cette évolution s’explique par des caractères générationnels. Les enquêtes que nous avons conduites, notamment à Bray-Dunes, Éperlecques (Pas-de-Calais), Soulac ou dans le Pays basque, confirment ce constat : les entrepreneurs de cette mémoire16 racontent systématiquement le lien personnel qui les unit au lieu et qui motive leur souhait de le voir préservé. Leur attachement à un bunker ou blockhaus est irrigué par le lien affectif qui les unit à un père, un grand-père, une expérience vécue enfant.

Le Chat Noir du Bunker de La Rochelle
Le Chat noir du Bunker de La Rochelle
Le Blockhaus d'Eperlecques
Le Blockhaus d'Eperlecques

 

Indéniablement, on ne peut que constater l’intérêt grandissant pour les sites défensifs, et plus largement, pour les conflits mondiaux. Pour s’en convaincre, il n’est qu’à consulter la presse écrite et audiovisuelle qui, à l’occasion de la commémoration des 80 ans du débarquement (juin 2024), s’est notamment engagée sur les traces des fortifications du Mur de l’Atlantique. En plus des reportages traitant spécifiquement du débarquement, des journalistes ont présenté les visites de bunkers organisées en différents lieux : la Normandie, la Bretagne, la Charente-Maritime, les Landes et le Pays basque, mais aussi pour une expérience méconnue, les sous-sols parisiens. D’autres encore se sont intéressés à des personnalités qui ont joué un rôle moteur dans la valorisation des traces du passé, tels « Sylvain Mathieu, le président de Bunker archéo Dieppe et Hervé Thily, le secrétaire ». Dans Actu.fr (04/05/2024), les deux hommes sont photographiés devant le blockhaus qui, à Dieppe, est désormais ouvert au public. L’article raconte que cet événement est l’aboutissement de dix années de travail réunissant un collectif de 18 personnes. Le lieu fut ouvert lors « des commémorations du D-Day et de la libération de Dieppe en juin 2024 et en septembre ».

Dans d’autres articles, sont présentées les menaces qui pèsent sur des sites confrontés à l’érosion, et ceci sans distinction dans toutes les régions du littoral. Si le phénomène n’est pas nouveau, il pose en revanche la question de savoir si l’on doit ou non préserver ces lieux, avec en arrière fond ce doute : le combat ne serait-il pas perdu d‘avance ? Tel est le cas de La Pointe du Hoc qui fait l’objet d’une couverture presse nationale autant que régionale, le site étant un haut lieu du tourisme mémoriel17. Pour faire face à l’érosion, le lieu a vu le chemin de visite s’éloigner du bord des falaises et éviter des zones auparavant laissées ouvertes à la déambulation. Lors de ma visite du site de la Pointe du Hoc, à la fin du mois d’août 2024, j’ai pu entendre un père expliquer à son fils – d’une dizaine d’années environ – que lorsqu’il était enfant, il venait jouer à la Pointe du Hoc et pouvait aller là où bon lui semblait. Il était attristé de voir un chemin balisé par des protections qu’il est désormais interdit de franchir. Il faut savoir qu’en plus de l’érosion continue dont souffre ce lieu, le vendredi 7 mai 2022, sous les yeux des visiteurs, un pan de la falaise s’est effondré. Importante sur les plans historique et symbolique, une partie de la falaise a justement été prise d’assaut le 6 juin 1944 par 225 rangers qui ont entrepris son ascension18.

Deux ans après l’accident, à l’occasion des journées commémoratives, Le Nouvel Obs (site web) (06/05/2024) titre : « “Condamnés à tomber de la falaise” : en Normandie, les vestiges du Débarquement perdent la bataille de l’érosion ». Et d’expliquer :

« Dès 2010, l’ABMC avait installé – pour près de six millions de dollars – des micropieux métalliques dans le sol et encastré d’énormes blocs de béton armé au pied de l’à-pic de la pointe du Hoc. Le but : renforcer la falaise soutenant le bunker d’observation. Sauf que ces aménagements n’ont pas suffi. De nouveaux travaux doivent être lancés en 2025 pour éloigner le parcours touristique des flancs du promontoire et déménager la stèle de granit dédiée aux 225 rangers décédés. L’intervention devrait coûter plus de seize millions de dollars ».

Poser la question de la pérennité matérielle des lieux du souvenir conduit à interroger l’opportunité de mettre en place des solutions alternatives. Sans aucun doute, des sites mémoriels disparaîtront et ce fait oblige à repenser les termes et moyens de la transmission.

Si l’on quitte le contexte commémoratif, l’intérêt actuel pour les sites défensifs se concrétise par une couverture presse importante, régionale surtout. Depuis les années 2010, la préoccupation environnementale est d’ailleurs au cœur de beaucoup d’articles. Ceux-ci rendent compte des rapports d’experts qui peuvent par exemple établir la responsabilité des blockhaus dans les phénomènes d’érosion. En effet, en se décrochant des dunes ou falaises, ces derniers emportent dans leur chute du sable et des roches. Sur plusieurs sites, on décide donc de détruire les édifices avant que leur chute ne fragilise plus encore le cordon dunaire. Parmi de nombreux autres exemples, ce fut le cas de quatre blockhaus construits à Saint-Clément des Baleines, sur l’Île de Ré. Leur destruction en 2016 fit l’objet de discussions pour savoir comment concilier dimensions patrimoniale et environnementale. Pour que soit conservée la mémoire de ces constructions qui avaient connu l’occupation allemande et, dans un tout autre registre, le tournage de scènes du film américain Le Jour le plus long (1962), un relevé précis des constructions et une captation d’images 3D furent réalisés. Ceci afin de rassurer ceux et celles qui s’inquiétaient de voir un patrimoine disparaître.

Enfin, pour traiter de l’intérêt grandissant des bunkers, blockhaus ou casemates, un détour par les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, YouTube) montre l’imaginaire dont ils peuvent être parés. L’approche choisie par les auteurs – dont quelques-uns sont suivis par un grand nombre de followers (par exemple Bunker Memory est suivi par 22,5 k abonnés sur YouTube, 167 k sur Facebook, 4 533 sur Instagram19) – peut être esthétique, mémorielle, historique ou tous ces caractères à la fois. Le béton se prêtant parfaitement bien aux compositions, les photographes s’essaient au sépia ou au noir et blanc et photographient les blockhaus à différents moments de la journée, coucher de soleil évidemment compris. Un exemple, sur Instagram, à la page bunker_explo, le photographe documentariste Timon Moreau joue avec les formes, couleurs et contrastes pour photographier des lieux abandonnés faisant corps avec leur environnement. D’autres peuvent se concentrer sur une région, une personnalité (quand il s’agit d’un artiste qui publie ses créations tel Blesea20), un type de construction… D’autres encore mettent en scène le frisson et l’aventure via l’exploration de lieux moins accessibles, la démarche relevant alors à l’Urbex. Des Youtubeurs bénéficiant d’une forte audience se prêtent ainsi au jeu de la visite aventureuse. Une vidéo portant sur le Blockhaus d’Éperlecques (2022) et présentée par Tibo InShape –  qui est suivi par 23,8 M de followers -, a été regardée par 2,5 M de personnes et fait l’objet de 3 484 commentaires ; une autre réalisée par ClémentEXPLORATION et intitulée « Danger de mort dans de bunker fermé depuis 90 ans… ». Diffusée à partir du 12 septembre 2024, elle fait 29 k de vues (le 21 septembre 2024) et raconte une nuit passée dans ce lieu.

Ces quelques exemples montrent qu’on est loin de l’hostilité dont parle Paul Virilio dans Bunker Archéologie. Désormais, les éléments défensifs de la Seconde Guerre mondiale sont non seulement acceptés comme faisant partie du patrimoine mais, pour certains d’entre eux, ils sont devenus des produits commerciaux, rentables de surcroît, qui touchent un large éventail générationnel. Pour visiter en bateau la base sous-marine de La Rochelle-La Palice, ouverte aux réservations pendant la période estivale, il faut s’y prendre environ 6 semaines à l’avance. Les places sont prises d’assaut et attirent un public diversifié. Chacune des visites réalisées dans le cadre de cette recherche confirme d’ailleurs cet aspect : âges et nationalités se mêlent en ces lieux dont certains sont des incontournables au sein d’un circuit et d’une offre touristiques. En Normandie, les visites de la Pointe du Hoc ou de Longues-sur-Mer en sont un exemple, tandis que pour Le Nord et Pas-de-Calais, la Batterie Todt (Audinghen), le Blockhaus d’Éperlecques ou La Coupole (Wizernes) sont des passages obligés. Tout en s’adressant à un large public, chacun de ces lieux se concentre sur un projet de visite qui lui est propre et qui le positionne dans un cadre touristique concurrentiel, celui de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

Concurrences et conflits d’usages

À l’ensemble de ces manifestations d’intérêt, s’ajoute la dimension scientifique qui, elle aussi, a vu la thématique des fortifications faire l’objet d’un élargissement des approches. Dans l’introduction de son ouvrage Pour une archéologie de la Seconde Guerre mondiale, V. Carpentier (2022 : p. 7) explique :

« Si l’histoire du “temps présent” s’est depuis longtemps emparée du vaste champ d’étude qu’est la violence armée au XXe siècle, l’archéologie, quant à elle, ne s’en est officiellement saisie qu’en 2014, du moins en France. À l’approche des commémorations conjointes du centenaire de la grande Guerre et du 70e anniversaire du Débarquement de Normandie, l’acte fondateur fut l’inscription de cette thématique au sein de la Programmation nationale de la recherche archéologique, sous les auspices de la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filipetti ».

Cette précision est d’autant plus importante que l’archéologue la corrèle à la « disparition des derniers acteurs du conflit de 1939-1945 », mais aussi à « l’action conjuguée de l’érosion, du commerce lucratif de militaria et de l’aménagement du territoire ». Dans ce constat, on voit poindre des tensions pouvant opposer des acteurs sociaux, animés par des intentions de nature différente et peu compatible. Parmi d’autres exemples, le cas du Street art est emblématique de ceci. Peindre sur un blockhaus au début des années 2010 était passible d’une amende. C’est ce que raconte à la journaliste Élise Chavois un artiste angloy (Sud-Ouest, 11 février 2015). D’où cette phrase qui sert d’amorce à l’article : « “Je ne vais tout de même pas téléphoner à Hitler pour lui demander l’autorisation de peindre sur son bunker ! “, plaisante l’auteur du graffiti posé sur un blockhaus de la plage de La Barre ». Si cette interdiction n’est pas levée en 2024, dans les faits, elle fait l’objet d’un réel assouplissement. En effet, les créations sont abondamment photographiées, filmées, commentées dans les presses écrite et audiovisuelle et sur les réseaux sociaux, et contribuent à la mise en visibilité de certains lieux. Sanctionner les artistes serait contre-productif même si ces derniers préfèrent rester discrets.

Un blockhaus peint à la Grande Côte en Charente Maritime
La grande Côte en Charente-Maritime
Série de graffitis sur l'un des blockhaus de la Batterie de Zuydcoot près de Dunkerque
La Batterie de Zuydcoote à Leffrinckoucke

 

Mais cette pratique ne prend pas pour autant place dans un contexte apaisé. Deux exemples de ceci (bien d’autres pourraient évidemment être abordés). Le premier est issu d’un commentaire paru dans un ouvrage de 2011, La Mémoire des bunkers, qui est signé Alain Durrieu. L’auteur publie là son deuxième volume, le premier étant paru en 200421. Un texte de présentation figurant en 4e page de couverture précise que l’auteur a une maîtrise d’Histoire et qu’il s’investit depuis trente ans dans l’étude des systèmes fortifiés du XXe siècle et du Mur de l’Atlantique. Dans les pages introductives du volume de 2011, il évoque un changement dans sa pratique en lien avec l’évolution des mentalités.

« Dans un passé récent, […] il suffisait de se promener au gré des vestiges du Mur de l’Atlantique pour découvrir nos chères peintures, un peu au hasard, dans les bunkers abandonnés et ouverts à tous les vents. Or, depuis quelques années, on constate une nouvelle donne qui rend ardue sinon impossible la visite si j’ose dire “touristique” des bunkers de nos rivages. Dans bien des régions, nos collectivités locales s’empressent de remblayer les blockhaus ou de condamner leurs entrées […]

Pour autant, en dépit de cette nouvelle donne, la recherche historique avance, mais devient de facto réservée aux initiés, à tout le moins aux chercheurs solidement documentés. […]

La seconde raison est moins réjouissante mais tout aussi déterminante : je faisais en 2004 le triste constat que les peintures murales étaient un patrimoine fragile, une mémoire éphémère dont la disparition totale était inéluctable, faute de protection. J’estime à 30% les peintures murales présentées dans mon livre de 2004 qui ont disparu, détruites et dégradées. […]

S’il n’y avait que l’humidité… Je signalais déjà il y a sept ans que le Mur de l’Atlantique était la proie des démolisseurs et ce, dans l’indifférence générale.  […]

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le phénomène “tag” s’est considérablement répandu depuis sept ans […] jusqu’alors miraculeusement épargnées par ces vandales, les fresques sont désormais taguées sans vergogne, sans respect, sans conscience » (Durrieu, 2014 : p. 6-7-8).

Les sites défensifs de la Seconde Guerre mondiale attirent donc des personnes aux intérêts totalement divergents. Et pourtant, toutes puisent à la source d’un même attrait pour ces lieux spéciaux. En fait, les recherches conduites sur ces sites – qu’elles le soient par des archéologues ou par des passionnés – sont contemporaines à la curiosité qu’ils inspirent. Ainsi les chercheurs se retrouvent-ils en bute à une urgence : cadrer et contrebalancer cet appétit pour l’étrange qui peut conduire à l’effacement des traces du passé, traces qui sont pourtant au cœur de la quête des uns et des autres.

Le second exemple va dans le même sens ; il concerne la Pointe du Roc en Normandie. On peut en lire la narration dans des articles paru dans Ouest France (11/08/2023 ; 24/10/2023 ; 25/10/2023 ; 20/12/2023 ; 10/03/2024). Tout commence avec le souhait d’une association, Un été 44 Normandie, qui veut mettre en valeur le site de la Pointe du Roc à Granville. Christian Busson, le président, rencontre le Maire, Gilles Ménard, et explique vouloir peindre un blockhaus qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, était maquillé en maison d’habitation. C’est le graffeur cherbourgeois Kevin Legoff, alias Baby K22 qui fut chargé de réaliser ce trompe l’œil. Le résultat provoqua la colère de nombreuses personnes. Interrogé par Ouest France, Alexis Cosson-James, conseiller délégué à la protection du patrimoine à Granville, écrit au quotidien : « L’aspect patrimonial étant mis en avant et la démarche ayant été suffisamment argumentée, j’ai donné un accord de principe pour ce projet. À la condition expresse que la réalisation respecte le bâti et l’environnement proche, et que les Bâtiments de France donnent leur accord ». Après consultation, les Bâtiments de France précisent qu’ils avaient demandé à ce qu’aucune couche de peinture ne soit apposée sur la surface. Une instruction qui n’a pas été respectée. De ce problème, suivent des échanges, notamment sur les réseaux sociaux, qui portent sur l’opportunité d’une telle démarche artistique. Ce à quoi Merwann Le Saint, secrétaire de l’association, répond :  « Ce bunker est repeint à l’identique, À l’époque, certains bunkers étaient peints en maison afin de les camoufler. Cela n’est peut-être pas du goût de tous, mais c’est ainsi qu’il était et nous sommes fiers de pouvoir lui rendre son allure de l’époque ! » (Ouest France, 25/10/2023). Une telle réponse n’empêche pas les Bâtiments de France de demander à l’association de faire en sorte que le Blockhaus revienne à son état antérieur (Ouest France, 20/12/2023).

De ce bras de fer, que ressort-il ? Quelques mois plus tard et contre toute attente, la situation a évolué.  On peut en lire le compte rendu dans Ouest France (10/03/2024).

« “Pas question de demander aux services techniques d’enlever la peinture“, confie le maire.  “Même si les Bâtiments de France prônent l’effacement, c’est un problème de coût et de moyens humains”, confirme Alexis Cosson-James qui précise :  “On n’a pas envie de forcer l’association à le faire au risque de la mettre dans la panade !” ».

Et le journal d’ajouter :

« Avec le temps, bon nombre de Granvillais se sont habitués au bunker relooké.  Ce n’est pas tant le côté esthétique qui choque, mais la partie en façade qui dénote.  Questionnée sur le dossier, l’Udap (ex-Bâtiments de France) a répondu :  “Ce bâtiment appartient à la mairie”. Mme Dangles (cheffe de l’unité départementale de l’architecture et du patrimoine) ne peut vous répondre à ce sujet et vous suggère de prendre l’attache de la mairie de Granville ». 

Conclusion

En commençant cette recherche sur les usages présents de ces mauvais objets du passé, je n’imaginais pas un tel foisonnement de cas, de situations, d’événements. Le Mur de l’Atlantique suscite des récits individuels et collectifs d’une grande richesse dont la collecte est au cœur des pages qui suivent. Tous narrent un rapport ambivalent où se conjuguent attirance et répulsion, selon des équilibres et déséquilibres qui changent d’une période à une autre. Pour en apprécier la teneur, nous avons volontairement choisi des sites ou personnalités aux profils différents. Si ces différences sont constitutives du tissu social, le maillage entre passé et présent est pour sa part ce qui les relie. Ainsi ces mauvais versus bons objets sont-ils autant ce qui relie les individus que ce qui les sépare. Ils sont des pourvoyeurs de sens que chacun et chacune s’approprie et transmet.

  1. Les dernières zones seront libérées en mai 1945. Dunkerque le sera d’ailleurs le lendemain de la signature de l’armistice, le 9 mai 1945.
  2. L’opération a été soutenue par des opérations navales et aériennes auxquelles étaient associés les pays du Commonwealth ainsi que par les forces libres de plusieurs pays : le Danemark, la France, la Grèce, la Norvège, les Pays-Bas, la Pologne, la Tchécoslovaquie.
  3. Quellien, Jean, 2024. Normandie 44. Bayeux, OREP Éd., p. 46.
  4. Quellien, Jean, op.cit., p. 73.
  5. Desquesnes, Rémy, 1992. « L'Organisation Todt en France (1940-1944) ». Histoire, économie & société, 11-3,  pp. 534. Barjot, Dominique, 1992. « L’Industrie française des travaux publics (1940-1945) ». Histoire, économie & société, 11-3,  pp. 415-436.
  6. Quellien, Jean, 2011. Normandie 44. Bayeux, OREP Éd.,  p. 8.
  7. Le contenu figure également dans une publication du Musée – Le Blockhaus d’Éperlecques. Le Parc de l’Histoire.
  8. En 2010, Jérôme Prieur publie Le Mur de l’Atlantique. Monument de la collaboration (Paris, Denoël, 2017) et réalise un documentaire au titre éponyme.
  9. Voir R. Desquesnes, opcit., p. 541
  10. Un Blockhaus – littéralement en allemand maison de rondins – est une maison forte ; un bunker – une soute ou un coffre en anglais – est un abri fortifié enterré ; quant à une casemate – du terme italien casamatta –, il s’agit d’un ouvrage qui protège des tirs ennemis. Si peu ou prou, les trois termes désignent des constructions similaires, on peut signaler que, contrairement aux autres régions, dans le Nord et le Pas-de-Calais, c’est plus particulièrement le terme Blockhaus qui est utilisé. Ainsi peut-on constater que l’appellation de ces édifices est influencée par des facteurs culturels.
  11. L’expression Mur de l’Atlantique est une création de la Propagande nazie qui pouvait ainsi valoriser la puissance des forces allemandes sur ce qui pouvait ainsi paraître comme étant une immense propriété germanique.
  12. P. Virilio raconte : « Lorsque je songe aux raisons qui m’ont attiré vers les bunkers, il y a presque vingt ans, je vois bien qu’il s’agit surtout d’une intuition et aussi d’une convergence entre la réalité du bâtiment et celle de son implantation au bord de l’Océan […] Le déclenchement – l’invention au sens archéologique du terme – eut lieu le long de la plage au sud de Saint-Guénolé, au cœur de l’été 1958 ».
  13. P. Virilio (1932-2018) a suivi une formation de maître-verrier à l’École des Métiers d’Art à Paris tout en assistant aux cours dispensés à la Sorbonne par Vladimir Jankélévitch et Raymond Aron. Après plusieurs expériences, il créé une galerie puis un atelier de vitrail à Paris avec sa femme, Suzanne Gruault. Et c’est avec l’architecte Claude Parent (1923-2016) qu’il crée – au début des années 1960 – le groupe Architecture Principe où est notamment pensé le concept d’architecture oblique pour imaginer un autre rapport entre ville et espace. De 1968 à 1997, il occupe plusieurs postes à l’École spéciale d’architecture où il sera tour à tour chef d’atelier, professeur, directeur, puis président…
  14. L’archéologue Vincent Carpentier évoque cette signature dans Pour une Archéologie de la Seconde Guerre mondiale (Paris, Éd. La Découverte, 2022, p. 42) en même temps qu’il parle d’autres graffitis présents sur le site.
  15. Le géographe présente sa démarche en ces termes : « Il s'agit d'une gamme de procédés (Lanoy-Ratel, 1998a) permettant de réaliser un audit de géomorphologie littorale en forme de triptyque : diagnostic de terrain; photo-comparaisons de clichés allemands des unités de propagande (1941-1944) avec des photographies actuelles localisées précisément ; recalage des missions aériennes de la RAF (1942-1944) avec celles plus récentes de l'IGN. Lanoy-Ratel, Philippe. 2004. « La bunker archéologie, principes et études de cas sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais ». Bulletin de l'Association de géographes français, 81e année, 3, pp. 406.
  16. Pour en savoir plus sur la notion d’entrepreneurs de mémoire et la référence aux travaux d’Howard S. Becker sur les entrepreneurs de morale - Outsiders: Studies in the Sociology of Deviance, New York: The Free Press, 1973 -  voir : Pollak, Michael, 1990. L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale. Paris, Métaillé.
  17. On compte 500 000 visiteurs de toutes nationalités qui se rendent sur ce site historique chaque année.
  18. Dans huffingtonpost.fr (07/05/2022), on peut lire les propos de Scott Desjardins, qui est surintendant du cimetière américain de Normandie et de la Pointe du Hoc, expliquant que « depuis 2011 [,] le paysage culturel de la Pointe du Hoc est en danger à cause de l’érosion des falaises. […] Nous continuons d’étudier la situation afin de trouver des moyens d’atténuer les risques et de préserver le site tout en continuant à raconter l’histoire héroïque du lieutenant-colonel James E. Rudder et de ses hommes qui ont escaladé les falaises le 6 juin 1944 pour aider au succès du débarquement allié en Normandie ».
  19. Les chiffres indiqués datent du 18 septembre 2024.
  20. Sur Instagram et Facebook, l’artiste Blesea publie des photographies de chacune de ses nouvelles créations, accompagnées – sur Facebook – du lieu où l’on peut l’observer, parfois même avec les indications GPS pour y accéder. Sur Facebook, l’artiste est suivi par 29 K followers dont plusieurs commentent régulièrement ses publications.
  21. Les deux ouvrages d’Alain Durrieu dont il est question dans ces pages sont : Des bunkers et des hommes, fresques et inscriptions du Mur de l’Atlantique. Andrésy, autoédition, 2004 ; La Mémoire des bunkers. Batz-sur-Mer, Éd. Le grand Blockhaus, 2011.
  22. Plusieurs créations de Baby K ont été réalisées en commun avec l’artiste Blesea. Tout deux sont originaires de Normandie et y exercent leurs activités.

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