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Le littoral du côté de Dunkerque

Les Hauts-de-France. De l'histoire à la mémoire

Le 10 mai 1940, après avoir envahi la Belgique, la Hollande et le Luxembourg, les troupes allemandes pénètrent dans le Nord de la France. Déjouant les contre-attaques de leurs adversaires, elles contraignent les troupes britanniques, belges et françaises à se replier « dans une grande poche qui part de Gravelines, s’étend jusqu’à Bouchain, puis Valenciennes, et remonte le long de la frontière franco-belge jusqu’à la Lys »1. S’ensuivent des combats qui, côté alliés, ont pour objectif de protéger cette poche de laquelle partent, à partir du 26 mai2. et jusqu’au 4 juin 1940, quelques 340 000 hommes qui rejoignent l’Angleterre pour le plus grand nombre d’entre eux, ou bien les ports des zones encore en guerre pour des Français (dont Brest ou Cherbourg). Rendue plus urgente avec la capitulation de l’armée belge (le 28 mai), l’Opération Dynamo – un nom de code désignant l’évacuation de la British Expeditionary Force ou BEF – est une « opération britannique, [qui] par la force des événements […] devient rapidement une opération conjointe avec l’armée et la marine françaises » (Eloi et Marquis, 2023, op.cit. : p. 8)Lors de ces journées, des milliers de soldats embarquent dans toutes sortes de bateaux réquisitionnés par les Britanniques. Ils le font sous le tir de l’aviation allemande, depuis la digue de protection de Dunkerque ou depuis les plages françaises de Malo-les-Bains, Zuydcoote, Bray-Dunes et depuis celle de la Panne, en Belgique. Ils laissent derrière eux équipements et matériels qui, selon les cas, seront réutilisés par les Allemands ou laissés sur place. Le dernier navire à rejoindre l’Angleterre est le destroyer Shikari ; il quitte Dunkerque dans la nuit du 3 au 4 juin à 3h40. Mais 35 000 soldats, dont la grande majorité sont français, n’ont pas pu embarquer. Ils seront faits prisonniers par les Allemands qui, ce même 4 juin à 10h du matin, arrivent sur les lieux… et hissent le drapeau à croix gammée sur le phare de Dunkerque.

L'Opération Dynamo : victoire ou défaite

 

Si les Anglais considèrent que l’Opération Dynamo est une réussite, ils enregistrent néanmoins d’importantes pertes humaines et matérielles. Côté français, même si un tiers environ des soldats (123 000) qui ont embarqué sont français, le bilan de l’opération est problématique : leur allié a rejoint l’Angleterre, une vingtaine de divisions ont été perdues, le commandement militaire est désorganisé, des soldats se sont sacrifiés pour que d’autres puissent être sauvés… Quant à Dunkerque et les villes avoisinantes, elles ont subi des bombardements à répétition qui ont poussé à l’exode des milliers de réfugiés et rendu précaires les conditions de vie dans une zone en ruines. Sur le plan mémoriel, les faits sont appréciés différemment selon les observateurs. Richard Davis, spécialiste de la civilisation britannique, analyse l’importance des traces laissées par l’Opération Dynamo sur les références politiques actuelles :

« L’ordre d’évacuer l’armée britannique était envoyé sans en informer l’allié français dans un premier temps et la priorité était donnée aux soldats britanniques sur les lieux d’embarquement. Inévitablement, cette histoire a vite pris une dimension discordante entre les deux pays. Pour la Grande-Bretagne, la défaite pouvait être transformée en “miracle” avec une armée plus au moins intacte, bien que dépourvue de ses armes lourdes, et prête à se battre dans la bataille suivante. La défaite après une campagne militaire chaotique et mal menée était indéniable, mais elle était suivie d’une opération de sauvetage qui a réussi. Pour la France, Dunkerque faisait partie de la débâcle plus générale »3.

Des traces de l'Opération Dynamo sur la plage

Epaves sur la plage de Dunkerque. Opération Dynamo
Les traces de l'Opération Dynamo sur la plage de Dunkerque

Pour les Anglais, évoquer l’Opération Dynamo signifie se référer à une période au cours de laquelle courage et solidarité se sont manifestés, mettant ainsi en exergue le mythique « esprit de Dunkerque »4. Pour les Français, en revanche, ce moment historique annonce la reddition des troupes françaises et anticipe de quelques jours le discours de Philippe Pétain, le 17 juin 1940, qui demande la cessation des combats : « Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités ».

Bien des décennies plus tard, les valeurs défendues par cet « esprit de Dunkerque » sont toutefois revendiquées dans la stratégie touristique de cette ville et figurent dans ses supports de communication. Le tournage du film de Christopher Nolan à Dunkerque, Dunkirk (2017), traitant de l’Opération Dynamo, a joué un rôle dans cette mue. En effet, la notoriété de ce film a conforté la ville de Dunkerque à proposer une offre touristique dans laquelle cette opération joue un rôle moteur, entraînant dans son sillage – mais en les invisibilisant pour certains – les autres moments et traces de la Seconde Guerre mondiale.

Musée Dunkerque 1940. Opération Dynamo
Musée Dunkerque 1940. Opération Dynamo

Une forteresse face à l'Angleterre

Après l’armistice du 22 juin 1940, le Nord-Pas de Calais est officiellement déclaré comme étant rattaché au Haut Commandement militaire de Bruxelles, devenant de la sorte une zone réservée. Les conditions d’occupation sont donc relativement proches de celles que l’on observe en Belgique et isolent cette région du reste de la France. D’ailleurs, une ligne de démarcation (dans la Somme) sépare ces deux départements des autres qui sont occupés. En outre, à partir du mois d’avril 1941, une bande côtière d’une largeur de 20 à 30 km est interdite d’accès ; elle fait partie de celle qui longe le littoral et qui court de Dunkerque à Hendaye, permettant aux Allemands d’organiser leur défense avec la construction du Mur de l’Atlantique.

Brutale, l’occupation allemande exerce une pression continue sur les populations civiles du Nord et du Pas-de-Calais qui voient ainsi se rejouer ce qu’elles avaient déjà connu lors de la Première Guerre mondiale. Pendant quatre années, la répression militaire conduit à la déportation de milliers de personnes. Dès 1940, des Juifs sont arrêtés et la spoliation des biens se met en place au début de l’année suivante. Le 11 septembre 1942, une rafle est organisée à Lille-Fives. Sur les 600 Juifs recherchés, 40 à 50 sont sauvés grâce à l’action de cheminots agissant depuis la gare de Lille5513 personnes sont toutefois acheminées vers des camps de concentration dont 17 seulement reviendront. Dans leur ouvrage, Être Juif dans Nord et le Pas-de-Calais, les auteurs expliquent que, si à partir du mois de mars 1942, les particularités de la zone réservée s’estompent, les ordres en matière de lois raciales s’empilent quant à elles, car elles viennent de Bruxelles, de Vichy et de Paris, selon des chronologies décalées qui sont une singularité de cette zone.

Dans son ouvrage, La Répression allemande dans le Nord de la France 1940–1944 (2013), Laurent Thierry expose lui aussi les spécificité régionales de la répression ainsi que celles de la résistance et de leur évolution jusqu’à la Libération. Justement, dans le du Nord et le Pas-de-Calais, la résistance se met rapidement en place. En 1940, dans la région de Dunkerque avec l’Opération Dynamo, elle concerne des actions individuelles d’aide et de soutien. Elle se structure un peu plus tard, par exemple en 1941, à l’occasion d’une grève rassemblant 80 000 mineurs – « sur les 150 000 que compte le bassin minier »6 coordonnée par le Parti communiste (27 mai-6 juin). La grève éclate à la fosse de Dahomey, à Montigny-en-Gohelle (situé à 19 km de Lens), puis s’étend à l’ensemble du bassin minier. Au départ, les revendications portent sur les conditions de travail (ravitaillement, cadences…) avant d’adopter une tonalité patriotique. D’ailleurs, au cours de l’été qui suit, « un combat sans merci oppose, dans le bassin minier, les groupes d’action du Parti communiste et les polices allemandes et françaises qui agissent en totale collaboration ».

Évidemment, ces grèves sont sévèrement réprimées, les Allemands ne pouvant pas accepter de voir contesté leur pouvoir dans une région qu’ils érigent en forteresse7 « dans le cadre de la poursuite de la guerre contre les Alliés »8. En outre, convaincus que le débarquement, si celui-ci est organisé, se fera sur les côtes du Nord, ils redoublent d’efforts pour en assurer la surveillance. Sur le site internet de la Coupole, centre d’histoire, planétarium, 3D, on peut lire cette explication :

La présence militaire des forces allemandes y est beaucoup plus dense que sur le reste du territoire français. C’est notamment le cas à l’été 1940, pendant les préparatifs d’un débarquement en Grande-Bretagne qui n’aura pas lieu, et en 1943-1944, quand le littoral du Pas-de-Calais devient la zone la plus puissante du “Mur de l’Atlantique”, celle où tout le monde attend un débarquement allié. La concentration est d’autant plus importante dans les derniers mois de la guerre que la région rassemble sur son territoire la majorité des sites de tir des armes nouvelles nazies, les V1 et V2.

Évidemment, ces grèves sont sévèrement réprimées, les Allemands ne pouvant pas accepter de voir contesté leur pouvoir dans une région qu’ils érigent en forteresse9« dans le cadre de la poursuite de la guerre contre les Alliés ». En outre, convaincus que le débarquement, si celui-ci est organisé, se fera sur les côtes du Nord, ils redoublent d’efforts pour en assurer la surveillance. Sur le site internet de la Coupole, centre d’histoire, planétarium, 3D, on peut lire cette explication :

 

La Coupole d'Helfaut. Centre d'histoire et planétarium 3D
La Coupole d'Helfaut

Justement, la Coupole qui, depuis 1997, accueille un Musée, est une ancienne base souterraine allemande de lancement de fusées V2. Elle est construite en 1943 – sur la commune de Wizernes, près de Saint-Omer – pour remplacer le site d’Éperlecques (à 15 kilomètres de distance) qui avait été bombardé par les Alliés, et ne pouvait donc plus remplir la mission qui lui était affectée. Mais bombardée en 1944, la Coupole n’a elle non plus jamais été opérationnelle. Au-delà de leurs échecs et à travers des projets de constructions gigantesques et des missions titanesques, les autorités allemandes montrent combien ce territoire est stratégiquement important pour elles.

Le constat est identique pour les travaux de fortification du littoral. Si sur l’ensemble du territoire français, ceux-ci commencent à la fin de l’année 1942, ils démarrent un peu plus tôt dans le Nord et le Pas-de-Calais. Ils sont complétés par des obstacles minés et par l’équipement des batteries en canons géants. La batterie Todt – appelée dans un premier temps, batterie Siegfried – est un exemple de ce type de construction10. Située sur la commune d’Audinghen, à une trentaine de kilomètres de Calais et une vingtaine de Boulogne-sur-Mer, elle est équipée de 4 canons de marine de 380 mm, chacun installé dans une imposante casemate. Commencée en 1940, la construction est inaugurée en 1942. Tournée vers l’Angleterre, elle vise directement l’ennemi mais aussi les navires qui transitent par la Manche. C’est aussi le cas des édifices construits à Boulogne-sur-Mer, Sangatte, Framezelle, Calais qui, jusqu’au mois de septembre 1944, ont échangé avec les Anglais un nombre important de tirs d’obus.

Du débarquement à la Libération

Après le débarquement de Normandie, les troupes alliés progressent sur plusieurs fronts. Elles libèrent Paris le 25 août 1944 et se dirigent vers le Nord et la Belgique à la fin du mois. La libération progressive du Nord-Pas de Calais se fait entre le 31 août et le 5 septembre. Résistent toutefois des poches dont Boulogne qui est libérée le 19 septembre et Calais, le 30. En revanche, à Dunkerque, un siège commence en septembre, avec son encerclement par la 2e division d’infanterie canadienne. 12 000 soldats allemands s’enferment sur une bande de quelques kilomètres où se trouvent également quelques 20 000 civils, pris au piège d’une « cohabitation forcée »11, de surcroît dans un contexte particulier. En effet, en janvier 1944, après la visite du Maréchal Rommel, des obstacles avaient été ajoutés aux fortifications existantes et les bases terres avaient été inondées (janvier 1944). Une manœuvre qui est reconduite à l’approche des troupes alliées. « Dès le lendemain du débarquement en Normandie, les Allemands réagissent en faisant ouvrir les portes des écluses en pleine mer. Quelques jours plus tard, les inondations recouvrent 14 000 hectares dans les deux départements, isolant définitivement toute la zone littoral » (Simonnet, 2015 : 185).

Les civils qui font le choix de rester sur place subissent donc des restrictions et craignent des exactions de la part des occupants. Mais ils redoutent aussi les bombardements alliés. Le 6 septembre 1944, ils sont sommés de partir par les Allemands qui souhaitent avoir les mains libres sur la zone, et le 10, ils sont menacés de devenir des otages. Pourtant, 18 000 civils refusent toujours de quitter leurs habitations, jusqu’à ce que début octobre, l’évacuation de beaucoup d’entre eux soit encadrée par les armées alliées et la Croix-Rouge, avec l’accord des autorités allemandes. En dépit des injonctions reçues, 740 personnes restent. Début 1945, elles sont rassemblées dans des camps avec, comme contrepartie à l’aide qui leur serait apportée (protection, distribution de denrées…), l’obligation de travailler pour les Allemands.

Après bien des combats, la résistance finit par céder : l’Amiral Frisius (1895-1970), qui commandait les troupes allemandes de la poche depuis septembre 1944, signe la capitulation de Dunkerque le 9 mai 1945, un jour après la victoire alliée. Jusqu’au bout, il a maintenu la pression et s’est refusé à rendre les armes. Lui et son état-major sont néanmoins remis aux Britanniques le 11 mai. L’historien Stéphane Simonnet évoque les ambiguïtés de cette Libération qui, forcément, pèse sur le rapport que les populations entretiennent par la suite avec l’histoire de la Seconde Guerre mondiale :

 

Le temps de la reconstruction était désormais venu. Au sortir de cinq ans de guerre et de neuf mois de siège, Dunkerque n’est plus qu’un amas de ruines. La ville, comme la plupart des localités incluses dans le périmètre de la poche de résistance allemande, offre un spectacle de désolation aux populations civiles qui reprennent peu à peu le chemin du retour. Le centre-ville n’existe plus, seuls la basse-ville le quartier sud et celui de la gare semblent avoir résisté. Ici, comme ce fut le cas pour la libération de Royan ou de La Rochelle, pas de grande cérémonie ou de grandes parades militaires réunissant armées libératrices et populations libérées. Il faudra attendre le 12 août 1945 et la visite du général de Gaulle pour assister à la première grande manifestation de liesse populaire dans le Dunkerque d’après-guerre (ibid : 213).

Dans Dunkerque 1944-1945 : sur les chemins de la Libération, Patrick Oddone explique à ce sujet que l’annonce de la reddition des poches de l’Atlantique a été, « largement couverte par la proclamation officielle de la capitulation allemande dans les pays occidentaux ». Ainsi formule-t-il cette hypothèse : « À croire que cette ultime page dérangeait et qu’elle devait être refoulée pour ne pas porter ombrage à l’image de la Libération, celle de 1944 vécue en liesse »12.

Mémoire et mémorialisation

L’histoire tragique de la poche de Dunkerque a également eu des conséquences sur les projets et les étapes de la reconstruction, qu’il s’agisse de celles matérielles des infrastructures urbaines et portuaires ou bien de celles psychologiques et politiques du rapport au passé. En mai 1945, quand les populations reviennent sur place, elles trouvent un champ de ruines auquel il faut ajouter le pillage de leurs biens par les Allemands. Contrairement aux réflexions que d’autres communes ont pu engager dès le mois de mai 1944, Dunkerque et les villes avoisinantes ne peuvent prendre en bras le corps la question de la reconstruction qu’en 1945, sans qu’aucune réflexion préalable n’ait été conduite. En attendant, les sinistrés sont contraints de rechercher des logements de fortune dont les caves, les blockhaus, les immeubles partiellement détruits. Ce n’est donc qu’en 1949, qu’on s’attelle à la construction de logements, après discussions et approbation par le conseil municipal puis par le ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme13.

Concernant les traces de la Seconde Guerre mondiale et comme c’est évidemment le cas dans de nombreux autres endroits, les décisions qui sont prises le sont selon des modalités propres au type d’édifice. Par exemple, les constructions spéciales ou Sonderbauten font l’objet d’un examen par les spécialistes compétents. C’est le cas du « colonel du génie de la Royal Air Force, Terence E. Sanders, [qui a été] envoyé en France fin 1944 pour inspecter les cinq grands bunkers »14 au sujet desquels il a remis un rapport quelques mois plus tard. Pour tous les édifices et pas seulement les Sonderbauten, la décision de démanteler, conserver, voire réhabiliter les sites, résulte d’un classement : « Au sortir de la guerre, les fortifications présentes sur le territoire français, les Sonderbauten incluses, sont classées en catégorie “A”, pour “À abandonner”, ou “M”, pour “À maintenir”. Seuls les sites de Mimoyecques et Éperlecques relèvent de cette dernière catégorie, respectivement le 17 mai 1949 et le 5 février 1953 » (Deschamp, 2014, op.cit.).

Ce n’est que plus tardivement, timidement dans les années 1970, plus frontalement dans les décennies suivantes que les fortifications défensives ont commencé à intéresser des personnes privées ou des institutions, et pas seulement pour leur réutilisation à des fins militaires. Ainsi la décision d’ouvrir à la visite des sites tels que la Batterie Todt ou le Musée du Blockhaus d’Éperlecques ou la Coupole, résulte-t-elle d’écheveaux relationnel et situationnel sur lesquels nous reviendrons. Les expériences de ces trois sites – et d’autres évidemment – posent les bases d’une narration particulière de faits historiques, fondée, pour les deux premiers musées, sur la scénarisation des faits de guerre et de ses objets (armes et matériels notamment). Les trois musées se sont transformés au fur et à mesure des connaissances historiques, des témoignages, des acquisitions, mais aussi du contexte concurrentiel de la mémoire. Et s’ils étaient une poignée à la fin des années 1970 et 1980, ils sont aujourd’hui plusieurs centaines à traiter de la Seconde Guerre mondiale selon des angles et modalités différenciées15. D’ailleurs, leur nombre actuel atteste de la forte pénétration du sujet dans l’espace public et de la prégnance du tourisme mémoriel.

Pour autant, et au-delà de cette ligne de force, selon les sites, leur histoire mais aussi selon le contexte socio-politique des zones concernées, la place laissée à ces traces du passé a pu différer. Elles-mêmes connaissent des situations concurrentielles et/ou conflictuelles qui peut n’avoir qu’indirectement à voir avec leurs caractéristiques techniques. C’est le cas notamment lorsqu’un artiste s’empare d’un lieu, transformant de la sorte son sens et son usage. On pense ici à l’œuvre de l’artiste Anonyme qui, à partir de 2014, a commencé à recouvrir de miroirs un blockhaus de la plage de Leffrinckoucke, à côté de Dunkerque. Les débats qui s’en suivirent sont tout à fait intéressants pour traiter des relations en tension qui peuvent caractériser les modalités du vivre ensemble dans un contexte socio-culturel particulier.

Réfléchir, le blockhaus-miroir. Photographie de l'artiste.
Réfléchir, le blockhaus-miroir. Photographie de l'artiste.
  1. Eloi, Stéphane et Marquis, David, 2023. Mai-Juin 1940. Opération Dynamo. Ghyvelde, Bray-Dunes, Zuydcoote. Bray-Dunes, Ed. A l'assaut des mémoires, p. 6
  2. La Bataille de Dunkerque commence le 20 mai et le 26 mai, l'armée britannique ordonne le rapatriement des troupes vers l'Angleterre. Dès le lendemain, l'évacuation commence
  3. Davis, Richard, 2023. "Le Mythe de Dunkerque dans l'imaginaire britannique, de 1940 au Brexit". Guerre mondiale et conflits contemporains, 290, p. 71
  4. Le 4 juin 1940, le Premier ministre britannique, Winston Churchill, prononce à la Chambre des communes un discours dans lequel il se réjouit du retour des soldats en Angleterre tout en déclarant avec force et détermination le combat contre l'Angleterre qu'il faut continuer à mener. Ainsi la ville de Dunkerque représente-t-elle la réussite d'une opération résultant d'une collaboration positive entre les armées, en même temps que la volonté de la prolonger.
  5. Voir l'ouvrage de Delmaire, Danielle, Gardon, Jean-Baptiste, Heddebaut, Monique et Rigaut, Rudy, 2022. Être Juif dans le Nord et le Pas-de-Calais, 1949-1945. Paris, Tirésias-Michel-Reynaud.
  6. Dans sa contribution, L. Thierry précise que d’autres grèves ont suivi en 1943, mais qu’elles ont été oubliées. Thierry, Laurent, 2016, « Région Nord – Pas-de-Calais : une mémoire de la Résistance marquée par la figure du martyr », in : Sainclivier, Jacqueline, Guillon, Jean-Marie et Laborie, Pierre, dirs. Images des comportements sous l’Occupation. Mémoires, transmission, idées reçues. Rennes, Presses universitaires du Septentrion, 20, p. 129.
  7. En France, il y a 11 forteresses ainsi désignées par Hitler : « Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle et l’embouchure de la Gironde doublement gardée par Royan et la Pointe de Grave ; les Îles anglo-normandes et l’Île de Ré reçoivent le même statut » (Oddone, Patrick, dir., 2005. Dunkerque 1944-1945 : sur les chemins de la Libération. Rennes, Presses universitaires du Septentrion, p. 20).
  8. Simonnet, Stéphane, 2015. Les Poches de l’Atlantique. Les batailles oubliées de la Libération. Janvier 1944-mai 1945. Paris, Tallandier.
  9. En France, il y a 11 forteresses ainsi désignées par Hitler : « Dunkerque, Calais, Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Cherbourg, Saint-Malo, Brest, Lorient, Saint-Nazaire, La Rochelle et l’embouchure de la Gironde doublement gardée par Royan et la Pointe de Grave ; les Îles anglo-normandes et l’Île de Ré reçoivent le même statut » (Oddone, Patrick, dir., 2005. Dunkerque 1944-1945 : sur les chemins de la Libération. Rennes, Presses universitaires du Septentrion, p. 20).
  10. Le site est ouvert à la visite et comporte un musée sur la Seconde Guerre mondiale. Son nom est d’ailleurs tout à fait explicite : Musée du Mur de l’Atlantique – Batterie Todt.
  11. Simonnet, Stéphane, 2015. Les Poches de l’Atlantique. Les batailles oubliées de la Libération. Janvier 1944-mai 1945. Paris, Tallandier, p. 183.
  12. Oddone, Patrick, dir., 2005. Dunkerque 1944-1945 : sur les chemins de la Libération. Rennes, Presses universitaires du Septentrion.
  13. Théodore Leveau (1896-1971) est désigné urbaniste en chef tandis que Jean Niermans est nommé architecte en chef. Les deux hommes ne partagent pas les mêmes conceptions, le premier n’appréciant pas les conceptions modernistes du second. Ce sont les idées de T. Levreau qui seront suivies. Elles consistent en une reprise des voiries anciennes tout en tenant compte de l’évolution des pratiques de circulation dans et hors la ville.
  14. Deschamp, Marc, 2024. « Les Sonderbauten du Pas-de-Calais ». Places fortes des Hauts-de-France. In : Byhet Thomas et al., Publications de l’Institut de recherches historiques du Septentrion.
  15. Dans un entretien qui s’est déroulé sur le site du Musée du Blockhaus d’Éperlecques, le dimanche 22 septembre, son directeur, Hubert de Mégille donne le chiffre de 3 Musées à la fin des années 1970 et de 300 en 2024. Le premier Musée français sur le thème de la Seconde Guerre Mondiale ouvre ses portes à Arromanches. Il est inauguré le 5 juin 1954 par René Coty, Président de la République française.

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